Sylvie Rodriguez

"White tends to make things visible"
Empruntée au peintre Robert Ryman, cette formule que j'utilise comme titre pose les bases d'une série de drapeaux intégralement blancs. En peignant le blanc sur le blanc, Ryman révélait la multiplicité des teintes d'une couleur que l'on croit unique. Ici, la variété des matériaux (épaisseur, transparence et texture) fait apparaître des nuances, révèle des formes.
Ces pièces jouent avec le graphisme des pavillons nationaux, bien que les proportions aient été altérées. Les drapeaux s'entraident pour être reconnus : une croix blanche à côté d'un pseudo-drapeau américain peut faire penser au drapeau suisse ; toute seule, la croix pourrait être attribuée à autre chose.
Suspendues dans l'espace et ondulant au vent, l'aspect tridimensionnel du drapeau a été volontairement accentué. Par exemple, le drapeau « anglais » est suspendu à moitié plié, le drapeau suisse présente des fenêtres découpées avec un milieu de croix qui bave, le drapeau américain n'est pas rectangulaire.
L'endroit a des ourlets impeccables, l'envers, lui, a été laissé brut ; quand le vent s'agite, l'envers se révèle. Une série de drapeaux blancs, comme effacés pour ne pas montrer qui veut vraiment la paix. Des drapeaux si bien blanchis qu’on finirait par ne plus les voir, mais aussi des drapeaux qui se salissent très vite.
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Mon travail de sculpture prend racine dans la récupération d'objets obsolètes ou oubliés — ballons dégonflés, bouteilles, mouchoirs de poche. Ses objets deviennent la matière de mes installations et de mes collages. Je les brise, les répare, les recolle, les recouds et les réassemble. Je les détourne pour leur donner une nouvelle fonction, une nouvelle forme.
En parallèle de ce travail d'objet, je travaille avec la vidéo et le son. Mes vidéos se construisent à partir de plans prélevés dans un vaste corpus de films existants, que je réagence pour tisser une narration nouvelle. Un geste aussi simple que l'ouverture d'une porte se trouve alors fragmenté et composé à partir de plusieurs plans empruntés à des films différents.
Mon travail sonore intègre à la fois des textes fictionnels ou intimes lus par des comédien·ne·s et des mixages de sons divers, tels que des cris d'animaux, des grincements de porte, ou encore des bruits d'eau et de feu.
Au sein du collectif Bomba Racimo, je pratique le bruitage en manipulant divers objets, outils, ou machines que j'enregistre avec différentes qualités de micros. Accompagnée des musiciens du collectif, nous jouons et créons en direct les bandes sonores de mes vidéos.
Cette dispersion de médiums me permet de construire des environnements immersifs, où la vidéo, la sculpture, le son et le langage se contaminent mutuellement.